Des marchés financiers en Afrique ? Absolument !

Y a-t-il des marchés financiers[1] en Afrique ? Si oui, à quoi servent-ils ? Relèvent-ils le défi d’aider le continent dans son processus de développement ? Quelles mesures doivent être prises pour que ces marchés se développent sainement ? La série d’articles sur les marchés financiers que nous vous proposons répond à ces questions.

Dans un premier temps, nous faisons le tour des marchés financiers africains et nous nous  intéressons à la montée en puissance de ces derniers. Les raisons de cet essor tiennent aux différentes vagues de privatisation qu’a connues le continent de même qu’à une plus grande stabilité politique et macroéconomique.

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Photo: Panos / Jacob Silberberg

Un boom des marchés de capitaux du continent

D’une douzaine en 1990, le nombre des marchés financiers africains est passé à 23 en 2012. Plus de 2/3 des pays africains sont actuellement couverts par une bourse locale ou régionale, avec en tête de liste : l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Maroc, le Nigéria et le Kenya. La capitalisation boursière en Afrique a aussi explosé.  Elle est passée de 257 milliards en 2000 à 1260 milliards en 2010 soit une multiplication par 5 en 10 ans ! Le nombre d’entreprises cotées a également crû énormément et s’élève aujourd’hui à plus de 2000.

Les marchés financiers africains sont devenus une source importante de financement. De 2007 à 2009, 10 milliards de dollars de capital ont été levés sur 18 places boursières africaines grâce à l’admission en bourse de 170 nouvelles entreprises. Au Nigéria, par exemple, environ 4 milliards de dollars ont été levés sur la seule bourse de Lagos entre 2005 et 2008, notamment pour recapitaliser le secteur bancaire affecté par la crise.

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L’intérêt des investisseurs est croissant que ce soit pour l’acquisition d’actions de sociétés africaines de services publics (comme par exemple les entreprises Kenyanes d’énergie KenGen et de télécommunications Safaricom) ou pour les émissions souveraines d’obligations africaines, comme nous l’avons expliqué dans une série d’articles parue sur Terangaweb.

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L’actionnariat populaire en Afrique devient de plus en plus une réalité. A titre d’exemple, au Ghana, le taux de pénétration des marchés boursiers dans la population ou plus simplement le taux de détenteurs d’actifs est estimé à 1.5%. Si ce taux reste faible par rapport à celui de pays développés comme les Etats-Unis (21.2%) ou encore la France (14.7%), il est tout de même comparable à celui de l’Espagne (2.2%) et bien supérieur à celui de la Hongrie (0.4%). Cet actionnariat populaire en Afrique est en général constitué de cadres urbains issus de la classe moyenne voire aisée, soucieux d’investir sur des produits d’épargne longue, dotés de rendements réguliers tels que les dividendes.

Les raisons de la montée en puissance des marchés financiers  africains

L’essor des marchés financiers de la région tient d’abord à la stabilité politique grandissante des pays africains. Couplée a un meilleur environnement des affaires, une stabilité macroéconomique accrue et une performance remarquable des marchés d’actions sur les dix dernières années, elle attire et rassure les investisseurs.

L’actionnariat populaire africain s’est développé grâce aux programmes de privatisation mis en place dans les années 1990 et 2000. De nombreux gouvernements africains ont utilisé les marchés financiers pour associer la population à la promotion de leur programme de privatisation. Au nombre de ceux-ci, on peut compter : la Côte d’Ivoire (avec plus de 20 opérations de ce type), le Sénégal, le Kenya, le Nigéria, la Zambie et le Ghana.

L’intégration des marchés

Le continent compte parmi ces bourses deux bourses régionales : la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) à Abidjan et la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) a Libreville. La BRVM, créée en 1996, regroupe 8 pays d’Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina-Faso, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal et Togo. La BVMAC, quant à elle est commune à la République Centrafricaine, au Tchad, au Congo, au Gabon et à la Guinée Equatoriale. 

Les entreprises peuvent aussi s’introduire sur plusieurs bourses : on parle alors de cotation multiple. Ecobank, une banque présente dans plusieurs pays africains, entreprit en 2006 la première cotation multiple en Afrique en introduisant ses actions dans trois bourses ouest-africaines : la Ghana Stock Exchange (GSE), la Nigeria Stock Exchange (NSE) et la BRVM. Cette cotation a ouvert la voie à un type d’opérations qui renforcent mécaniquement l’intégration africaine.

Des marchés encore loin de la maturité

Hors Afrique du Sud, les marchés financiers africains restent très peu développés malgré la nette progression remarquée.  Ils sont d’abord très limités en actifs. Si le nombre d’entreprises cotées en Afrique a aujourd’hui atteint 2000, l’Inde en compte 3500 et la Chine, 1700. Le nombre de sociétés ayant recours à ces marchés se financer reste donc relativement faible. Pour l’écrasante majorité de ces bourses, la capitalisation est faible. A titre d’exemple, la bourse de Johannesburg (JSE : Johannesburg Stock Exchange) représentait à elle seule 85% de l’ensemble de la capitalisation boursière d’Afrique subsaharienne en 2008, un chiffre qui en dit long sur les autres bourses du continent. La même année, l’ensemble des marchés subsahariens hors JSE avait une capitalisation boursière cumulée de 90 milliards de dollars, un montant inférieur à celui de la bourse Thaïlandaise.

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Quant à la liquidité[2] et à l’activité de ces marchés, elles laissent à désirer. Avec un turnover[3] annuel moyen de 10%, les marchés africains sont bien moins actifs que leurs homologues des pays émergents asiatiques dont le turnover est cinq fois plus élevé. Loin des millions d’échanges qui se déroulent chaque année sur les marchés financiers émergents comme ceux du Brésil, certaines bourses africaines enregistrent moins de 100 opérations par an.

En dépit d’une progression remarquable, les marchés africains ne sont pas encore murs et ce, en dépit des avantages qu’ils peuvent avoir. C’est précisément cette question du rôle des marchés financiers en Afrique, qui sera le sujet du deuxième article de cette série.

Tite Yokossi

Sources :

Secteur Privé & Développement, la revue de PROPARCO, Numéro 5. Mars 2010. Les marchés financiers en Afrique : véritable outil de développement ?

Banque de France. Rapport annuel de la Zone franc. 2011


[1] Les marchés financiers souvent appelés bourses sont des lieux où s’échangent des instruments financiers tels que les actions et les obligations. Ces lieux sont de plus en plus virtuels car les marchés financiers murs agrègent les offres et les demandes des acteurs, déterminant ainsi un prix ou une cotation qui est transmise en temps réel, grâce aux révolutions des TIC à tous les acteurs sans plus nécessiter la présence physique de ces derniers dans une même salle.

 

 

 

 

 

[2] la capacité et la rapidité avec laquelle il est possible d’acheter ou de vendre un actif sans que les prix du support n’en soient fortement affectés

 

 

 

 

 

[3] pourcentage de l’ensemble des actifs, échangé pendant une période donnée (typiquement une année)

 

 

 

 

 

Auteur: Tite YOKOSSI

D’origine béninoise, Tite Yokossi s’intéresse à la finance du développement et aux unions monétaires. Il est actuellement en doctorat d'économie au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Il est titulaire d’un diplôme d'Ingénieur des Mines de Paris et d'un master d'Economie à l'Ecole d'Economie de Paris. En rejoignant l’Afrique des Idées, il souhaite participer à un débat de qualité sur l'économie d'un continent plein de potentiel et en profonde transformation.

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9 commentaires

  1. Je suis titulaire d'une Licence en Statistique et actuellement je postule à un master en finance international et en statistique. Actuellement chargé d'étude à la Maison de l'Entreprise du Bénin et rédacteur au Magazine de l'Entrerpise, un mensuel africain des PME/PMI, je souhaite contribuer aux débats constructifs sur l'Afrique qui bouge et pleine de potentialités. 

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    • Cher Marcel,

      si vous souhaitez rejoindre L'Afrique des Idées pour contribuer à un débat constructif sur notre continent, il vous suffit de cliquer sur  l'onglet "Contact" de notre page d'accueil et de nous faire part du type d'implication que vous souhaitez.

      A bientôt, j'espère.

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  2. Commentaire

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  3. Commentaire: Doctorant à l'Institut Régional d’Enseignement Supérieur et de Recherche en Développement Culturel (IRES-RDEC) – Lomé, parcours Culture et Développement, Master en Inovations Développement et Sociétés à 2iE au Burkina Faso, je suis Directeur des Opérations de Programme chez BØRNefonden Togo. >Votre plate forme constitue pour moi un adre idéal d'échanges, d^'apprentissage et je suis très content en voulant participer à cette entreprise.

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    • Ravi que le site vous plaise Hyacinthe. Si vous voulez participer à la production d'articles sur lie site, il vous suffit de contacter le responsable de la rubrique qui vous intéresse. Vous pouvez le faire ici : http://terangaweb.com/soumettre-article/

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  4. bonjour

    je suis étudiant inscrit en thèse de doctorat en finance de marché et je travaille sur les marchés financier africains. Mais actuellement je suis bloqué à cause du prblème de donnée. j'ai contacter les sites des differentes bourses mais tourjours pas d'information vraiment utile. est ce que quelqu'un peut m'aider? c'est vraiment très capital pour moi.

    je vous remercie

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  5. Doctorant en droit public à l'université de Yaoundé II-Soa, mes travaux portent sur le financement du budget par les marchés financiers. je voudra intégrer votre équipe.

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  6. Bonjour cher Monsieur Yokossi

    Je suis très ravi de lire votre production qui est est réponse à la question de savoir si l'Afrique dispose de marchés financiers certainement viables , vitaux et fiables. J'apprécie la finesse intellectuelle que vous avez imprimée à cette production que je m'empresse de posséder. Actuellement je poursuis une thèse sur: "les  aspects juridiques du marché financier dans l'espace UEMOA-CEMAC". Je serai très heureux d'échanger avec vous et au besoin croiser mes connaissances de juriste aux vôtres (d'économiste). Je suis actuellement en séjour de recherches à Rome (UNIDROIT) pour un battage de ressource documentaires.

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  7. bsr, je suis content de tomber sur ce site. je suis sur le point de rédiger mon mémoire de master 2 sur la thématique suivante : implémentation du marché financier en Afrique centrale : ilan et perspectives. j'ai une difficulté c'est celle liée au plan de rédaction possible. c'est un peu confus dans ma tête. merci

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