Migration ne doit pas forcément rimer avec répression

image migration

Plus de 1 100 personnes sont décédées au large de Lampedusa dans la nuit du 19 au 20 avril 2015, ce qui porte à plus de 1 800 le nombre de migrants morts depuis le début de l’année. Ce triste record s’ajoute aux drames récurrents de l’actualité euro-méditerranéenne : 220 000 personnes ont risqué leur vie en traversant la Méditerranée en 2014 et en 6 mois, en 2015, 54 000 migrants ont gagné l’Italie, 48 000 la Grèce, 920 l’Espagne et 91 Malte. Cette tragédie humaine qui dure impose un constat : l’Union européenne ne change pas radicalement d’approche sur la question migratoire et s’entête dans la répression alors que des alternatives existent.

Le principe de solidarité s’effrite face à la réalité, les États membres étant peu disposés à partager le poids de l’accueil, supporté principalement par l’Italie et la Grèce. Paralysés par une opinion publique séduite par des droites extrêmes, à tendance xénophobe, ils s’arcboutent sur des principes souverainistes et anti-immigration. Leurs réactions à la proposition de la Commission d’un système de quotas de demandeurs d’asile par pays illustrent à merveille le court-termisme de politiques destinées à ne traiter la question migratoire que dans l’urgence.

 

L’immigration, une question de sécurité intérieure ?

Jusque dans les années 1990, en Europe, la question migratoire était intimement liée à celle des besoins du marché du travail. Le regroupement familial étaient quant à lui accepté. Les réfugiés étaient traités à part et ne mobilisait pas l’opinion publique. Celle-ci manifestait en revanche de la solidarité à l’égard des victimes de guerres civiles, par exemple les Vietnamiens ou encore les Chiliens.

Depuis le traité d’Amsterdam de 1997, les politiques d’immigration et d’asile relèvent du pilier « Sécurité et Affaires intérieures » de l’Union européenne. Il s’agit donc d’une question de sécurité traitée comme les autres compétences de ce pilier : lutte contre la criminalité, répression et moyens de contrôle typiques des organismes de défense. Le respect des droits fondamentaux est passé au second plan et l’Europe de la sécurité intérieure est devenue celle de l’insécurité pour les entrants sans visa. Malgré cela, l’Europe est devenue la première destination au monde pour les flux migratoires Nord-Sud.

Pourquoi ces flux ?

La généralisation du passeport dans la plupart des pays du monde depuis 1989 a libéralisé le droit sortie, tandis que les volumes des revenus de transferts (400 milliards de dollars en 2013) ont amené beaucoup de pays de départ à accepter la réalité migratoire, accentuant partiellement l’essor des migrations économiques. En revanche, le droit d’entrée s’est durci et l’on parle de la « forteresse Europe » pour ceux qui ne parviennent pas à obtenir un visa.

Au Sud, le passage de la Méditerranée est devenu un rêve à atteindre, ce qui n’est pas sans rapport avec l’accès aux nouvelles technologies, le chômage des jeunes, leur désir de changer de vie et l’absence d’espoir dans les pays d’origine mal gérés et corrompus.

Les crises et conflits (révolutions arabes, corne de l’Afrique, Syrie, Irak), notamment dans les pays proches de l’Europe et avec lesquels elle a des liens historiques, accentuent une dynamique migratoire déjà forte. À ceux qui partent chercher du travail, s’ajoutent donc les demandeurs d’asile. L’Allemagne a reçu 240 000 demandeurs d’asile en 2014 et la France 61 000. Parmi les pays les plus sollicités, la Suède et le Royaume-Uni les suivent de près.

Comme l’entrée légale n’est ouverte qu’aux nantis, le trafic du passage irrégulier prospère : pateras, zodiacs, vieux cargos ou chalutiers recyclés sillonnent la Méditerranée au péril des passagers, souvent abandonnés par les passeurs. Les coûts de passage sont considérables. Ce sont souvent les économies de la famille duharrag[1] qui sont investies dans ce voyage, ce qui ne laisse d’autre choix aux transgresseurs de frontières que de réussir et explique qu’ils ne sont pas prêts à abandonner leur course vers l’Europe.

Lire la suite de la tribune de Catherine Wihtol de Wenden sur le site de notre partenaire http://ideas4development.org/ (Le Blog animé par l'Agence Francaise de Développement).

Auteur: Rubrique Tribunes

Partager cet article sur :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *