Poubelles d’Afrique

Parler des poubelles est d’une banalité sans nom et sans intérêt en Europe, en tout cas en France. Le bruit du camion à poubelles est pour beaucoup de citadins l’unique dérangement causé par nos ordures. En Afrique, les déchets vous sautent aux yeux dès la première ruelle. Avec le temps, ils finissent par faire partie du décor. Les villes africaines doivent se doter dans les prochaines années d’une véritable stratégie de gestion des déchets, pour amorcer un pas de géant vers l’amélioration des conditions de vie de leurs populations.

Les déchets en Afrique

Je me souviens d’une citation glissée dans les papillotes de Noël qui m’amusait beaucoup: « tout le monde veut sauver la planète, mais personne ne veut descendre la poubelle ». Sortir la poubelle. Ce geste, ancré dans le quotidien en Europe, est le préalable d’une longue chaîne de collecte, tri et recyclage. Un maillon primordial pour que nos rues soient propres et nos enfants en bonne santé. Dans des villes comme Paris, le réseau des égouts et le ramassage des ordures ont été mis en place après des épidémies meurtrières de choléra au XIXème siècle. L’Afrique a une croissance prospère, et la possibilité de bénéficier d’expertises du monde entier dans la gestion des déchets. Pour l’Afrique aussi, le développement durable et équitable commence par se pencher sur les poubelles.

A Pointe-Noire, au Congo, accepter de sortir la poubelle est une chose. Trouver l’endroit où la jeter en est une autre. Les tas d’immondices jonchant les rues indiquent où les gens déversent leurs ordures : partout, en dehors de leur parcelle, au gré des opportunités. Des bacs à ordures collectifs, il y en a. Mais cachés, éloignés, et vite saturés. En matière de déchets, le Congo et beaucoup d’autres pays d’Afrique jouent à la politique de l’autruche. Ils se voilent la face et déplacent le problème de la parcelle à la décharge municipale. Après, rien. Les entreprises reprennent le flambeau de ce service public délaissé par les pouvoirs locaux. Elles triment à organiser la récolte et ne sont pas assez structurées pour organiser la valorisation. Un portrait de ces nouveaux business, dans un article à venir.

Dans ce premier article sur les déchets, commençons par le commencement. Parlons concrètement de la composition des poubelles africaines et de la participation de l’Afrique sub-saharienne à la quantité mondiale de production de déchets. Les données en la matière sont bien entendu difficiles à obtenir. Le rapport de la Banque Mondiale, WHAT A WASTE – A Global Review of Solid Waste Management[1], offre une comparaison des situations et des pratiques sur les différents continents. Les chiffres des pays africains datent de plusieurs années, mais les grandes tendances sont présentées. Un maître mot : anticiper. Anticiper la croissance économique, démographique et urbaine, en particulier ses conséquences sur la production de déchets (industriels, ménagers, etc).

La part de l’Afrique dans la production totale de déchets

Cela est dit et répété, le continent africain est celui qui pollue le moins. Il existe une très forte corrélation entre le niveau d’émission de gaz à effet de serre et la quantité de déchets produite. L’Afrique émet encore peu de déchets, en comparaison avec les autres parties du monde.

Le graphique ci-dessous détaille la contribution des différentes parties du monde à la production mondiale de déchets. Avec ses 5%, l’Afrique sub-saharienne a de quoi se réjouir.

waste by region

Source : Banque Mondiale

Les villes contribuant significativement plus à la production nationale de déchets, l’urbanisation croissante des métropoles africaines sera un facteur déterminant dans la génération future de déchets par le continent africain.

Au lieu d’imaginer avec horreur un monticule d’ordures grandissant, voyons les agglomérations africaines comme de fabuleux laboratoires pour expérimenter et innover dans la gestion des déchets.

Qu’y a-t-il dans les poubelles africaines ?

Ce deuxième graphe permet d’identifier rapidement les plus grandes composantes des déchets en Afrique. Les déchets organiques constituent la part la plus importante des déchets émis dans les villes africaines, et dans les pays à faible revenu en général.

type of waste

Source : Banque Mondiale

A courte vue, cela laisse espérer une amélioration aisée et rapide de la chaîne de gestion des ordures. Mieux organisée, la filière pourrait se concentrer rapidement sur ces déchets biodégradables, valorisables sans trop de difficulté. Il s’agit sans conteste d’une nécessité.

N’oublions cependant pas les tendances qui lient la croissance économique et démographique à la production de déchets solides. Comme l’expliquent très bien les auteurs de la publication Banque Mondiale, plus les ménages s’enrichissent, plus les biens consommés sont complexes et utilisent de papier, de métal et de plastique. La part des déchets organiques dans la production totale de déchets des pays de l’OCDE tombe relativement à 27% et celle des déchets papiers augmente à 32%. Les pays africains, compte tenue de la croissance économique en cours ou à venir, doivent donc avoir une approche globale de la gestion des déchets. Réfléchir à la gestion des déchets non-organiques s’impose dans une perspective de pays émergents en devenir.

Investir dans la gestion des déchets = investir dans le développement

Sans conteste, la question des déchets s’inscrit parmi les plus grands défis à relever par les pays africains. Comme dans de nombreux domaines, les technologies actuellement disponibles permettent de déployer rapidement des initiatives innovantes en la matière. Valorisation, recyclage, transformation, les débouchés économiques sont certains. La création de nouveaux emplois et l’amélioration des conditions sanitaires dans les villes permettent d’envisager les déchets comme une nouvelle source de richesse, et un axe central du développement de l’économie verte dans les pays africains.

[1] Daniel Hoornweg and Perinaz Bhada-Tata, March 2012, No. 15, Urban development Series

 

 

Auteur: Véra Kempf

D’origine française, elle s’intéresse aux enjeux du développement, à l’économie verte, à l’entrepreneuriat social…tout cela en France & en Afrique. Elle sera diplômée en juin 2014 du master de Relations Internationales de SciencesPo Paris. Elle a notamment passé quatre mois à Pointe-Noire (Congo-Brazza) pour un stage à la Chambre de commerce. En rejoignant l’Afrique des Idées, elle souhaite approfondir sa réflexion sur l’Afrique qui bouge, qui innove et qui se transforme, et en débattre

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12 commentaires

  1. Merci pour ces réflexions. J'insiste sur le dernier point de ton analyse car il est très important. Le recyclage et la transformation des déchets pourraient générer d'importantes retombées économiques, sans compter la plus-value environnementale. C'est une importante manne qui est jetée par la fenêtre au lieu de servir au déficit énergétique par exemple. 

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  2. Article édifiant, merci !

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  3. Merci Vera pour votre article. Je suis originaire de Brazzaville, votre intérêt pour le traitement des déchets fait plaisir à voir. 

    Par ailleurs, j'ai un projet en cours de création d'entreprise sur le traitement de déchets à Pointe-Noire, et j'aimerai beaucoup avoir votre feedback après votre voyage en Mars.

    Merci

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    • Bonjour à tous, merci à tous pour vos sympathiques commentaires.

      Je m'efforcerai de poursuivre l'analyse sur la richesse que l'on peut créer avec les ordures.

      Lionel, votre projet m'intéresse car je suis en fait à Pointe-Noire. Etes-vous sur place ou en France? Vous pouvez me contacter via Facebook (Véra Kempf). Bien à vous.

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  4. bonjour vera,je suis a saint-louis du sènègal,ici c'est  le meme dècor, et meme pire alors qu'on est dèclarè patrimoine mondiale de l'humanitè,alors j'ai un projet de film documentaire sur l'utilisation des plastiques(dechets plastiques)qui il faut le dire est une menace pour notre environnemnt.

    je suis journaliste,rèalisateur,spècialisè dans l'environnement;

    merci de rèpondre

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    • Bonjour à tous,

      Fara , je suis manager economiste de l'environnement et je suis dans la meme ville que vous, je travaille sur la question d'optimisation de la gestion des dechets pour la ville de saint louis, j'ai prévu de faire une etude d'evaluation contingente sur le service des dechets si vous voulez on peut echanger des idées. mon mail est palasnik@hotmail.fr

      merci

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    • Bonjour Fara, je reçois votre message avec retard. où peut-on se procurer votre documentaire? merci d'avance!

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  5. je suis dirigeant d’une association béninoise spécialisée dans les questions environnementales et plus précisement dans la valorisation des déchets. le travail qui se fait par les ong du domaine est remarquable.cependant l’absence de moyens est est un véritable frein à l’atteinte des objectifs. En effet il faut promouvoir l’écocitoyenneté depuis les touts petits enfants à l’école en passant par les grands frères et grandes soeurs au collège jusqu’au aux parents dans nos bureaux et marchés. cela nécessite d’énorme moyens matériel et financier

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    • Parler de gestion des déchets, requiert un préalable élémentaire et indispensable qui est la connaissance des quantités de déchets produites par les villes africaines. Comment est ce qu'on peut gérer une chose dont on ne maîtrise pas ? Il y a une absence totale de statistiques dans le domaine des déchets. Une fois cette étape dépassée, on pourra parler de gestion et la meilleure façon de gérer les déchets en Afrique c'est de les donner de la valeur. Il faut acheter les déchets et les donner une seconde vie.
      babakr16@yahoo.fr 

      Doctorant en géographie urbaine, Université de Dakar, Sénégal

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  6. Je suis tellement flate par vos publication sur la gestion de dechets du fait que ces analyse porte sur un travail de fin de cycle dont je suis le coencadreu.mais aussi ce proble reste egallement majeur dans notre pays en entierte.du fait que le pays ne possede d’aucun systeme de recyclage.trouvez moi sur cet adresse pour vous en parler plus:guilainkithi@gmail.com

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  7. Bonjour, 

    j'habite un petit village côtier de Madagascar et je souhaite mettre en place une organisation pour ramasser et traiter les déchets. Bien que cette problématique ne soit pas prioritaire pour les gens du village, car ici on vit avec et au milieu des déchets depuis toujours, j'essaie de leur faire comprendre que le nombre de déchets produits evolue avec le temps et que bientôt ils seront dépassés par le volume des déchets. Sans parler des problèmes de contamination de l'eau qui ne se trouve qu'à 3 mètres du sol et des risques d'épidémies qui sont liés aux ordures. 

    Votre aide me serait précieuse car je travaille actuellement sur le système de collecte et sur la logistique mais hormis les déchets organiques qu'on sait valoriser, que faire du reste?

    je vous remercie par avance pour l'aide que vous pourrez m'apporter, 

    bien à vous 

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  8. Bonjour tres bon article. J'ai travaillé plusieurs années à la Direction de la Propreté de la ville de Paris notamment sur la problématique de la réduction des déchets et de leur réemploi recyclage …et aujourd'hui je cherche des opportunités en Afrique dans ce domaine et j'ai vu dans la discussion que des projets sont en cours ou sont peut-être déjà réalisés. Donc si vous montez des projets dans ce sens je suis partante. Je vous laisse mon adresse mail pour qu'on en discute marthe79@hotmail.fr

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