Le territoire de l'empire du Mali (XIIIe – XVe siècles) est supérieur à celui de l’empire du Ghana. A son apogée au XIV° siècle sous le règne du Mansa (roi des rois) Kankan Moussa, l’empire inclut les actuels Mali, Sénégal, Gambie, la Guinée, le Sud de la Mauritanie, le Burkina Faso et le Nord de la Côte d’Ivoire. De nombreuses cultures et petits royaumes y cohabitent (Malinkés, Bambaras, Wolofs, Toucouleurs, Soussou) de même que les croyances animistes, bien que la dynastie régnante se soit convertie à l’Islam, devenue religion officielle. L’économie de l’empire du Mali diffère quelque peu de celle de l’ancien Ghana, en ce qu’il contrôle directement les mines d’or situées d’ailleurs dans la région d’origine du fondateur Soundiata Keita, le Bouré. Le pouvoir central étend donc son contrôle sur la chaîne de valeur du commerce de l’or. Au niveau agricole, de nouvelles cultures sont importées et développées : coton, arachides, papayes. Le coton est exploité par des artisans-fileurs, et l’artisanat connaît de manière générale un nouveau dynamisme dans la région. Les échanges commerciaux se faisaient en or mais également en cauris.

En plus d’être un talentueux chef de guerre, Soundiata Keita fonde son empire sur de nouvelles bases économiques, politiques et sociales, dont certaines perdurent jusqu’à aujourd’hui. Il fige dans le droit coutumier les droits et devoirs de chacune des ethnies membres de son empire, qui s’inscrivent désormais dans 30 clans : 5 clans d’artisans, 4 de guerriers, 5 de marabout et 16 de paysans soldats, serfs du souverain. Les membres des clans serviles sont astreints à l’endogamie, seul le souverain pouvant occasionnellement autoriser un mariage hors caste. Cette stratification sociale s’est avérée extrêmement résiliente et persistante, puisqu’elle s’est prolongée jusqu’au XX° siècle.

A côté de la capitale Niani, des villes importantes comme Tombouctou et Djenné émergent, où sont construites de monumentales mosquées construites en terre banco, qui s’imposent comme de grandes capitales culturelles où s’échangent les connaissances scientifiques, où s’interpénètrent les sciences et les théologies de l’aire islamique et des cultures subsahariennes. Si l’écriture arabe est connue d’une élite de lettrés, l’empire Manden repose essentiellement sur des traditions culturelles orales sophistiquées dont les griots sont les grands dépositaires.

L'historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo décrit ainsi les structures de l'empire du Mali (Histoire de l'Afrique. D'hier à demain) :

"Pour gouverner cet immense empire dont on disait, du temps de Mahmoud Kati, qu’il avait environ 400 villes, les rois du Mali ont adopté un système très décentralisé. Leur empire ressemblait à une mangue. Au centre, un noyau dur soumis à l’administration directe du roi. Ce royaume était subdivisé en provinces, administrées sur place par un dyamani tigui, ou farba. Les provinces elles-mêmes se subdivisaient en cantons (kafo) et en villages (dougou). L’autorité villageoise était parfois bicéphale avec un chef de terres religieux et un chef politique. Parfois, un territoire même éloigné était organisé selon ce statut. Le farba du roi servait alors comme ministre résident, investissant le chef local parfois selon les coutumes du pays. Le ministre résident supervisait les agissements du maître local. Il ramassait le tribut payé par lui, et pouvait en cas de guerre réquisitionner des troupes parmi ses gens. De telles provinces étaient donc encore organiquement et assez fortement rattachées au grand corps de l’Empire.
Enfin, une troisième zone, en général périphérique, constituait comme la peau de ce fruit. C’étaient les royaumes subordonnés qui reconnaissaient l’hégémonie de l’empereur et le signifiaient en expédiant régulièrement des présents, mais n’étaient pas organiquement et constamment reliés avec le centre. C’était en somme des protectorats dont l’adhérence et l’adhésion au pouvoir central étaient fonction de la vigueur de celui-ci."

La prospérité de cet empire est indéniable. Des contemporains du Mansa Kankan Moussa témoignent par écrit en arabe de leur émerveillement face à l’important convoi (60 000 personnes selon certaines sources) et aux richesses en or qui l’accompagnaient lors de son pèlerinage à la Mecque en 1324. Des querelles de succession au sein de la dynastie malinké des Keïta contribueront toutefois à affaiblir l’empire du Mali. De plus, pour une série de raisons, le commerce transsaharien a tendance à se déplacer vers l’Est ce qui enrichit les royaumes de l’empire qui s’y situent. Une série de révoltes éclate au cours du XV°, qui réduit le Mali à portion congrue. L’un de ces royaumes, le Songhaï, va imposer sa suprématie sur un territoire d’une étendue jamais égalée depuis en Afrique de l’Ouest.

 

Emmanuel Leroueil

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong> <font color="" face="" size=""> <span style="">

Set your Twitter account name in your settings to use the TwitterBar Section.