Comment les femmes africaines peuvent-elles tirer parti de la révolution numérique ?

Davantage de transparence, davantage de renouvellement… le numérique est depuis plusieurs années l’allié des progrès de l’égalité entre les femmes et les hommes en entreprise. Toutefois, non seulement la route est encore longue, mais les disruptions technologiques à venir pourraient accroître la fracture d’une manière inattendue si les entreprises ne révolutionnent pas leur manière de garantir la parité, de gérer les compétences et de faire émerger les leaders de demain.

Dans Le cycle des affaires (1939) l’économiste Joseph Schumpeter (1) comparait son concept de « destruction créatrice » à un « ouragan perpétuel ». Les deux côtés d’une médaille : celui de l’innovation qui connaît, à notre époque, une accélération sans précédent, et celui de la tempête, qui balaie tous les secteurs traditionnels sur son passage.

Les terres nouvelles que nous offre aujourd’hui la révolution numérique sont une chance de rebattre les cartes et de permettre à de nouveaux talents, plus adaptés et plus divers, de prendre le leadership des entreprises.

Mais cet « ouragan » est aussi porteur de graves risques de ruptures, et de nouveaux obstacles dans la quête d’égalité, sur laquelle l’Afrique des Idées s’est penchée, à l’occasion de la Journée Internationale des droits des femmes.

  1. Un nouveau risque de fracture entre les femmes et les hommes

Selon l’étude mondiale The future of jobs (2), les secteurs qui sont (et seront) les plus impactés par la digitalisation, la robotique et l’intelligence artificielle sont aujourd’hui majoritairement occupés par des femmes (3). Et cela touche aussi davantage certains métiers dans la vente, les opérations financières, les fonctions supports et administratives, des fonctions qui sont de plus en plus automatisées et qui comptent parmi leur effectif… une majorité de femmes.

L’égalité femmes-hommes, en faveur de laquelle nos sociétés se sont pourtant investies, risque ainsi de subir un contrecoup, d’autant plus que les femmes restent aujourd’hui sous-représentées dans les secteurs qui, eux, prévoient une croissance de l’emploi, comme l’architecture, l’ingénierie, l’informatique et les mathématiques.

Qu’en est-il des technologies de l’information ? Un secteur évidemment stratégique dont la situation est symptomatique du problème. Dans le monde, les femmes ne représentent que 21% des actifs du secteur (4), un chiffre un peu plus élevé en France, avec 33%, selon le Syntec (5). D’autant plus que celles-ci sont concentrées sur des fonctions de ventes pour près de la moitié d’entre elles contre 27% dans la programmation informatique et l’ingénierie.

Si cette tendance se confirme, la quatrième révolution industrielle en cours pourrait engendrer la perte de trois millions d’emplois actuellement occupés par des femmes pour une création d’un demi-million d’emplois seulement… et accroître mécaniquement les inégalités.

  1. Une opportunité de rebattre les cartes

Face à l’accélération de l’innovation technologique, les entreprises ne peuvent plus prédire les compétences dont elles auront besoin à l’avenir.

Dès lors, la seule façon pour les entreprises de rester agiles est de recruter des personnes capables de s’adapter et d’acquérir rapidement et continuellement de nouvelles compétences.

C’est une opportunité pour tous, et en particulier pour les femmes, de changer la donne et d’accélérer des transformations qui ont trop tardé à venir. Pour les entreprises, nourrir la capacité d’apprendre et l’agilité des collaborateurs est indispensable si elles veulent tirer profit de ces transformations.

Et, sur le front de la capacité d’apprentissage, force est de constater que les femmes ont une longueur d’avance : les emplois qualifiés sont les plus demandés, et la tendance ne fait que s’accélérer. C’est un indicateur très encourageant pour l’avenir : dans deux tiers des pays du monde, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à être diplômées (6).

En Afrique d’ailleurs des progrès ont été enregistrés en matière d’éducation  des femmes puisque le taux brut de scolarisation au primaire des filles dans cette région qui était de 44,43% en 1970,  atteignait 97% en 2013. Le dernier Rapport mondial de suivi sur l’Education Pour Tous (EPT), publié en 2015, indique ainsi que 17 pays d’Afrique subsaharienne sur 117 pays dans le monde ont atteint la parité au primaire. 

  1. Recommandations : l’une des clefs pour l’égalité est la capacité d’apprentissage

« Le futur du travail ne sera pas un monde d’hommes, mais un monde de compétences », expliquait Mara Swan, Vice-présidente exécutive de Global Strategy and Talent chez ManpowerGroup, lors du dernier Forum économique mondial, à Davos. Selon elle, pour surmonter ce risque de fractures, la clef est là : « Il faut comprendre que nous vivons une véritable révolution des compétences, sans doute inédite dans l’histoire, et que le monde de demain appartiendra à celles et ceux qui donnent la part belle à l’apprentissage tout au long de leur carrière. »

Il faut continuer à encourager les entreprises et les individus à investir massivement – et durablement – dans le développement des compétences et du capital humain qui sont, les principaux vecteurs de réduction des inégalités de toute nature. « C’est cette capacité  d’apprentissage qui est la clef pour trouver un nouvel équilibre sur le marché du travail. »

Dans cette grande « révolution des compétences » (7) que nous vivons tous et à l’heure où 65% des métiers qu’exerceront les membres de la Génération Z n’existent pas encore, il semble pertinent d’envisager que cette capacité d’apprentissage sera à terme la clef d’un véritable équilibre sur le marché du travail. 

Cette solution durable permettra de remettre les compétences et la résilience des collaborateurs quel que soit leur sexe au cœur des organisations. La compétence acquise avant l’entrée dans l’entreprise et consolidée tout au long de la carrière deviendrait alors le seul et unique critère de sélection et de performance.

A nous tous, à nos niveaux, de faire que cet « ouragan » qu’annonçait Schumpeter soit une chance pour l’égalité !

Omar Ibn Abdillah

Sources

  1. Le cycle des affaires, Joseph Schumpeter (1939)
  2. https://www.weforum.org/agenda/2017/01/future-of-jobs-women-female-automation/
  3. http://reports.weforum.org/future-of-jobs-2016/gaps-in-the-female-talent-pipeline/
  4. http://reports.weforum.org/future-of-jobs-2016/information-communication-technology/
  5. http://www.femmesdunumerique.com/actualites/secteur-numerique-ou-sont-les-femmes
  6. https://www.weforum.org/agenda/2017/01/future-of-jobs-women-female-automation/
  7. « Révolutionnons les compétences » Alain Romilhac
  8. La révolution des compétences

Omar Ibn Abdillah

Auteur: Omar Ibn Abdillah

Comorien, Omar est un jeune citoyen actif, diplômé d’un Master en science politique et étudiant chercheur en économétrie à Madagascar. Formateur à la Jeune Chambre Internationale (JCI), il partage les valeurs telles que le respect de l’environnement, l’équité sociale et la croissance durable. En rejoignant l’Afrique des Idées, il désire offrir des opportunités aux jeunes africains qui leur permettront de créer des changements positifs et durables dans leurs communautés.

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