La Gambie, cet exemple des conséquences de l’absence de gouvernance économique

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La Gambie est un pays qui offre un contraste saisissant, entre l’image qu’en véhiculent les médias en lien avec les déclarations et positions de son président, la personnalité de ses habitants et sa situation socio-économique.

Banjul a l’air d’une ville des années 90, cependant ses habitants s’y sentent bien. Bien parce que malgré leur pauvreté, ils ont une joie de vivre que rien se semble justifier et ne se montrent pas du tout hostile envers les touristes. Au regard de l’intérêt que portent les touristes, notamment allemand et britannique, à ce pays ; on se demande bien pourquoi on nous vend la Gambie comme un pays à éviter. Le tourisme sexuel y est réel mais ne justifie pas l’importance de ce secteur[1].

La destination est avant tout low cost, dispose de belles plages avec des habitants plutôt conviviaux. Certains y découvrent des opportunités d’affaires. De fait, tant qu’on ne s’intéresse pas aux questions politiques, on peut y faire des affaires. Enfin sans compter sur les éventuels caprices du président. En effet, s’il ne s’invite pas dans la sphère économique (lui et son cercle), ce sont ses décisions arbitraires qui détériorent l’environnement des affaires. Des décisions que les médias occidentaux surenchérissent, créant une certaine phobie de ce pays alors que certaines de ces décisions paraissent plutôt correctes : interdiction de l’excision ou de la dépigmentation, entre autres.

La réelle difficulté de la Gambie réside dans l’absence d’une stratégie de gouvernance socio-économique, qui se traduit par les décisions arbitraires des autorités. Son administration constituée de ressources humaines qualifiées, s’exerce donc plus à rafistoler les dégâts causés à l’économie par les décisions erratiques des autorités que d’assurer la mise en œuvre des projets et programmes définis dans le plan d’émergence du pays, et ceci, à tous les niveaux. De l’exécutif au judiciaire en passant par le législatif, les fonctionnaires de ce pays tentent d’assumer au mieux leur fonction pour améliorer la situation de leur pays mais doivent composer avec un exécutif dont les décisions leur échappent complètement et sont tout à fait imprévisibles.

Le budget qui constitue un instrument de politique économique est complètement politisé et traduit les seules ambitions du président. Son financement est rendu complexe par l’isolement de plus en plus croissant du pays, qui depuis son indépendance est gavé d’aides extérieures. Les agents de l’administration ont donc été contraints de recourir au marché domestique pour mobiliser les ressources nécessaires au financement des déséquilibres budgétaires, créant un effet d’éviction au détriment du secteur privé. Les taux d’intérêt y atteignent aujourd’hui près de 30%.

Ces fonctionnaires n’ont vraiment pas le choix. Il ne faut pas leur en vouloir. Il faut bien payer les salaires et assurer le fonctionnement de l’administration ; au moins pour entretenir la demande afin de créer un semblant de marché domestique pour que les quelques entreprises, hôtels et autres commerces puissent fonctionner. Les projets d’investissement sont rares et le paiement des intérêts absorbe une bonne partie des ressources propres de l’Etat. La Banque Centrale n’y est pas indépendante et ne peut donc mettre en place des mesures pour contrôler ces interventions de l’Etat sur le marché financier.

La politique de change est pilotée depuis la présidence de la république. Le taux de change dalasi-dollar a ainsi été fixé à plusieurs reprises sur les trois dernières années par simple annonce présidentiel et sans une évaluation préalable des risques pour l’économie, contribuant à éroder les relais de croissance du pays et à fragiliser ces équilibres extérieurs. Les réserves du pays ont fondu au cours des deux dernières années et se situent aujourd’hui à un niveau qui ne permettrait de financer que deux mois et demi d’importations.

Le développement du pays est donc pris en otage par la seule volonté d’un politique, toute manœuvre visant à favoriser le développement du pays pouvant être remis en cause par une simple décision présidentiel. Ainsi en plus des difficultés usuelles – approvisionnement électrique, cadre réglementaire, état des infrastructures, etc. – qui affectent l’attractivité des pays africains, la Gambie a en plus son président, qui se constitue en une source d’instabilité de l’environnement des affaires, affectant fortement l’attractivité du pays et obérant toute perspective de développement. Au dernier classement Doing Business, le pays a reculé à la 151ème place.

Définir un plan, avec un ensemble de projets à exécuter, ne suffit pas pour garantir le développement ou l’émergence. Son appropriation par les hautes autorités est nécessaire pour sa réussite.

Le cas gambien qui montre assez bien comment le manque d’une stratégie de gouvernance économique cohérente peut être dommageable pour l’économie, n’est pas une particularité. Ceci est une problématique qui se pose à plusieurs pays africains aujourd’hui. La détermination politique devant accompagner la mise en œuvre des projets et programmes de développement est quasi-absente et la situation se détériore quand en plus, les autorités interviennent dans la sphère économique ou s’enlisent dans des jeux ou calculs politiques. On citera le cas du Congo, du Burundi, de la Centrafrique, etc.

Les réglementations ne servent à rien si les politiques ne sont pas conscientes que ce sont leurs actions qui en déterminent la pertinence. Cette inconscience de nos politiques, aussi bien ceux qui gouvernent que ceux qui se réclament de l’opposition, est frustrante. Frustrante, parce que nous voulons voir cet Afrique se développer à travers la valorisation de son potentiel que plusieurs entités physiques et/ou morales, aussi bien externes qu’internes sont prêts à financer.

 

[1] Le tourisme représente 11% du PIB et constitue le premier poste de salariés dans le pays.

Auteur: Rubrique Tribunes

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