Gouvernance et adaptation au changement climatique : rôles et enjeux pour les pays africains

chaIl est admis aujourd’hui que les risques liés au changement climatique constituent une menace sérieuse pour nos sociétés. C’est dans cette optique, que le concept de gouvernance climatique est apparu dans le jargon des experts climatiques. Gouverner le climat ? Cette question peut laisser doublement perplexe. Sur l’objet comme sur l’action ou le verbe qui s’appliquent à cet objet. Pour quelles raisons ? Par quel processus historique ? Selon quelles modalités ? L’objet climat relevant d’abord de la géographie, ensuite des sciences physiques et atmosphériques, est-il devenu un objet de gouvernance à la fin du XX ° siècle ? Mais le climat est-il gouvernable ? Alors que circulent chaque jour sur nos écrans des images de tornades, d’inondations et de dérèglements extrêmes en divers points de la planète.

En effet, la gouvernance s’applique à plusieurs niveaux. Et on peut retenir trois dimensions. Une dimension internationale, nationale ou régionale avant d’avoir une dimension locale. On parle de gouvernance locale, gouvernance territoriale, gouvernance d’entreprise, de l’emploi et mondiale. En plus, le mot gouvernance vient du latin « gubernare » qui traduit gouverné, piloter un navire. Il s’agit donc de l’art ou de la manière de gouverner, en favorisant un modèle de gestion des affaires. Selon Jacques Theys la gouvernance est : « une conception managériale des systèmes publiques et il s’agit essentiellement de trouver des solutions pragmatiques à des défaillances de marchés ou à des défaillances d’intervention publique » (Theys, 2002).

L’objectif de cet article est de déterminer les enjeux climatiques en Afrique et le rôle des Etats africains dans la gouvernance climatique mondiale.

Tout d’abord, l’Afrique est un continent qui consomme peu d’énergie avec 621 millions d’individus n’ayant pas accès à l’électricité. Ensuite, d’un pays à l’autre, les différences sont considérables. Par exemple en RDC l’accès à l’électricité est de 16%, 53% au Botswana et 85% en Afrique du Sud. C’est d’ailleurs en Afrique Subsaharienne, hormis l’Afrique du sud, que la consommation s’élève à hauteur de 139 milliards de KWH avec une population de 860 millions d’habitants, bien moins que l’Espagne qui consomme 243 milliards de KWH avec une population de 47 millions d’habitants (Le Monde, 2016). Ainsi, un tanzanien par exemple, mettra huit ans à consommer autant d’énergie qu’un américain en un mois. Par ailleurs, en Grande Bretagne une bouilloire utilisée par une famille consomme cinq fois plus d’électricité que la consommation moyenne annuelle d’un malien.

 

Cependant, si l’Afrique est le continent qui contribue le moins au réchauffement climatique à l’échelle mondiale, 4 % contre 15 % pour les États-Unis, et 26 % pour la Chine, il faut dire qu’elle subit de plein fouet les effets du changement climatique avec la multiplicité sur ces dernières années d’inondations et de sécheresses sur le continent. Il est donc urgent d’agir pour s’adapter au changement climatique sachant qu’une hausse des températures de deux degrés pourrait occasionner une baisse de la productivité agricole, jusqu’à moins 20 % en 2050 ce qui aggraverait la crise alimentaire. Cette adaptation doit être à la fois politique et environnementale pour se prémunir des risques majeurs du changement climatique. En effet, la définition de l’adaptation des systèmes humains au changement climatique la plus communément utilisée est celle du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), à savoir une « démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu, ainsi qu’à ses conséquences, de manière à en atténuer les effets préjudiciables et à en exploiter les effets bénéfiques ». Cette définition fait référence aussi bien aux conditions climatiques actuelles que futures, et considère tant les changements climatiques d’origine naturelle que ceux anthropiques.

L’Afrique a-t-elle les moyens de s’adapter et de gouverner les risques climatiques ?

Selon l’ONU, le coût d’adaptation de l’Afrique au changement climatique s’élève à 45 millions d’euros par an d’ici 2050. La question de la finance climatique des pays du Nord au bénéfice des pays du sud était un des enjeux de la COP21. En effet, un fond de soutien permettrait de trouver par exemple des alternatives au charbon de bois qui est très utilisé en Afrique, 4 africains sur 5 en utilisent pour la cuisine.  Les conséquences de cette utilisation sont écologiques mais aussi sanitaires. Chaque année, 600.000 africains meurent de l’inhalation de ce combustible, c’est presque autant que le paludisme et autant que le VIH.  Les énergies renouvelables sont une nouvelle alternative, c’est pour cela que de plus en plus de pays africains misent sur les énergies vertes. C’est ainsi qu’un pays comme l’Ethiopie a décidé de développer les énergies renouvelables de manière à réduire les risques climatiques.

Résoudre les problèmes liés au changement climatique, c’est aussi initier une gouvernance à l’échelle mondiale et locale qui permettra de trouver des solutions adaptées aux risques climatiques. Quel est le rôle de l’Afrique dans la gouvernance climatique mondiale ? La conférence de Paris sur le climat en décembre 2015 a démontré une nouvelle fois encore, la place dérisoire du continent africain dans les différents enjeux de négociations autour du climat. Ceci peut s’expliquer par le fait que pour les pays africains, le principal objectif est le développement économique. Mais, un développement économique sans préoccupations environnementales, est-il soutenable ?  La question du changement climatique est donc considérée comme aspect secondaire dans la hiérarchie des besoins en Afrique. Assez pour qu’on ne retienne qu’un seul point sur les différentes préoccupations climatiques africaines, l’aide aux pays pauvres pour s’adapter au changement climatique et réallouer 1000 milliards de dollars d’investissements privés vers l’économie de bas carbone.

Tout compte fait, le continent africain reste fragile face aux différentes menaces liées au changement climatique. Même si d’importantes initiatives autour d’une économie verte s’érigent dans certains pays qui sont en avance dans les politiques énergétiques comme le Maroc avec le plus grand parc solaire mondial. Il faudra également faire un travail au niveau local. Pour propulser une véritable dynamique dans la lutte contre les changements environnementaux. Et cela commence par une émancipation des consciences citoyennes locales et régionales. Cette vulgarisation des consciences citoyennes écologiques en vers la nature permettra une meilleure considération des préoccupations environnementales dans les préoccupations africaines. Cela ouvrira la voie à une meilleure valorisation des initiatives locales et régionales africaines dans l’élaboration des programmes environnementaux à l’échelle mondiale. Car jusqu’ici l’influence de l’Afrique dans cette géopolitique climatique est très limitée.  

Auteur: Cheikh Ba

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