La jeunesse africaine : principale acteur du développement durable ?

Adopté le 25 septembre 2015 par les chefs d’État et de Gouvernement réunis lors du Sommet spécial sur le développement durable, l’Agenda 2030 fixe 17 objectifs de développement durable (ODD) déclinés en 169 cibles pour répondre aux défis de la mondialisation en se fondant sur les 3 composantes – environnement, social et économie – du développement durable.Une grande question persiste : comment les mettre en place et quels seront les principaux acteurs de cet agenda 2030 ?

De nos jours, la population mondiale des moins de 30 ans dépasse les 4 milliards d’individus. Selon une étude menée par les Nations Unis, 89,7 % vivent dans les pays émergents et en voie de développement, notamment au Moyen-Orient et en Afrique. Par conséquent, il est essentiel et légitime de s’interroger sur la place grandissante de la jeunesse africaine dans le développement durable du continent.

L’entrepreneuriat : une arme redoutable de lutte contre le chômage des jeunes

Une formidable énergie d’entreprendre s’est emparée du continent africain. Du nord au sud, de l’ouest à l’est, on enregistre chaque jour la création de nombreuses startups. A l’origine de cette révolution, une jeunesse qui a décidé de se lancer dans l’auto-emploi, afin de résoudre le manque d’emploi auquel elle fait face.

Selon une étude du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) publiée en 2015, 60 % des jeunes africains interrogés, âgés de 18 à 34 ans, se disent « optimistes quant au potentiel économique de l’entrepreneuriat et croient avoir les compétences et le savoir requis pour créer une entreprise »

« Le jeune africain doit être conscient de son potentiel et être entreprenant afin de sortir de la précarité, et de résoudre le problème de l’emploi des jeunes qui demeure un défi dans nos pays. Nous devons nous libérer de ces idées, selon lesquelles, diplôme en main, il nous faut à tout prix travailler dans la fonction publique. Ou encore que pour entreprendre il faut avoir des diplômes. Ce ne sont que des idées fausses qui empêchent de nous prendre en charge », commente NJeelee Chinamal, une jeune entrepreneuse mauricienne, Directrice Générale pour l’Afrique de l’Ouest à ABAX Services, un prestataire international de services fiduciaires, de conseil et d’affaires. ABAX Services emploie 250 personnes dans 7 pays dont 5 africains (comme l’île Maurice ou la Côte d’Ivoire) et gère près de 24 milliards de dollars d’actifs pour leurs clients, comme par exemple Ecobank ou encore eMoney Solutions.

Comme NJeelee Chinamal, ils sont des millions de jeunes à travers le continent à proposer des emplois grâce à des startups qu’ils ont eux-mêmes créées. Certaines sont devenues des véritables succss stories, avec des dizaines de jeunes comme employés. C’est le cas par exemple de KENTIA HOLDING Sarl, un groupe malgache de sociétés de services aux entreprises. Son fondateur, Prospérin Tsialonin, est un jeune entrepreneur qui vient de lancer une campagne de création de 100 start-ups, pour faire de Madagascar le Silicon Valley africaine. On peut également citer SIHUWO La KOMOR, entreprise spécialisée dans la conception des outils de communications et publicitaires, formation en art plastique, sculpture et design, lancée par un jeune entrepreneur comorien. Celui-ci, Sultane Abdourahim Cheikh, explique : « L’entrepreneuriat des jeunes Comoriens connait d’énormes défis en termes de pérennisation dû au manque de soutien et d’encadrement, surtout financier. Beaucoup de ces jeunes entrepreneurs ou porteur de projets ont des moyens très limités par rapport à leurs ambitions. Mais le génie est là. Il faudrait juste une attention de l’État pour encourager la création de petites et moyennes entreprises pour réduire le taux de chômages des jeunes. »

Pour encourager les jeunes à se lancer dans cette voie, les investisseurs ne manquent pas d’idées. De nombreuses compétitions créatives sont financées par de multiples acteurs, telles que « le concours mondial d’innovation 2030 » mis en place pour inciter les jeunes à démontrer leurs capacités d’entrepreneurs, en proposant des solutions innovantes correspondant aux besoins des populations.

Les actions citoyennes : Prise de conscience et voix des jeunes

La jeunesse est-elle contrainte ou obligée de s’engager ? N’est-ce pas souvent elle qui dit :« Nous ne sommes pas des objets mais des sujets » ou encore « nous ne sommes pas des victimes mais de véritables acteurs » ? N’est-ce pas elle qui souhaite construire un monde meilleur et plus juste ? Cette jeunesse est donc dans l’obligation de s’engager. Sur quoi alors porte l’engagement des jeunes ? Pour certains, il porte sur la quête du bien-être social et pour d’autres, sur la lutte contre le sous-développement, bref, sur la capture du développement.

Le développement est une notion complexe, qui reste difficile à cerner, comme le montrent l’évolution des OMD vers les ODD et l’adoption de ces derniers en 2015. Face à ce nouvel agenda 2030, peut-on parler d’engagement communautaire des jeunes envers les ODD ? Les ODD paraissent effectivement offrir aux jeunes une opportunité pour jouer un rôle important dans leur diffusion et leur mise en œuvre et d’assurer la pleine participation des jeunes femmes et hommes. Les jeunes s’approprient ainsi ces thématiques pour garantir leur succès.

A titre d’exemple, il a été mis en évidence le rôle non seulement des entreprises, mais aussi des jeunes sur la mise en place d’une responsabilité sociétale et environnementale dans le secteur économique lors du Salon RSE & Initiatives pour le Développement Durable 2017, organisé par Ur-CSR Consulting en partenariat avec le Ministère de l’Industrie et du Développement du Secteur Privé de Madagascar, l’UNICEF et Friedrich Ebert Stiftung.

Cette reconnaissance est à souligner car les ODD, et surtout les déclarations qui les entourent, restent des théories qui ont besoin d’être concrétisées. Il convient désormais aux différents acteurs de la société civile, plus particulièrement la jeunesse, d’agir pour transformer ces engagements en des réalisations concrètes sur le terrain.

Par ailleurs, l’implication de la jeunesse dans les organisations non gouvernementales ainsi que dans les associations est de plus en plus perceptible. Le nombre de ces entités croit à un rythme exponentiel en Afrique, et son impact économique est loin d’être négligeable. Par exemple, en Afrique du Sud, où l’on dispose de statistiques relativement détaillées, les 98 920 ONG enregistrées en 1998 fournissaient un peu plus de 1 % du PIB et de 9 % de la main-d’œuvre non agricole du secteur formel de l’économie.

ODD 13 : Le mouvement des jeunes pour le changement climatique.

Les changements climatiques génèrent de nombreuses incertitudes au sujet de notre avenir. Une seule chose est certaine : nous laisserons cette planète à nos enfants, aux jeunes et aux futures générations. Les jeunes sont de plus en plus conscients des défis et des opportunités inhérents à la transition nécessaire vers une croissance à faible intensité en carbone, et bon nombre d’entre eux rejoignent le dialogue mondial sur les solutions possibles, s’impliquent et passent à l’action. Les efforts de ces jeunes, qui œuvrent dans le monde entier afin de bâtir leur avenir en luttant contre les changements climatiques, sont une inspiration pour nous tous. Le travail entrepris par et pour les jeunes est essentiel si l’on veut créer une véritable ambition politique, visant à parvenir à un nouvel accord universel sur les changements climatiques.

« Ce n’est qu’en autonomisant les jeunes dans les différents processus de prise de décision (…), que la protection du climat est possible. Nous nous réjouissons de fournir une plate-forme pour les jeunes dans la ville de la COP22 pour démontrer l’importance qu’ils ont dans l’action climatique et pour renforcer les réseaux de jeunes africains qui travaillent sur la durabilité et le développement bas carbone », a déclaré Fadoua Brour, membre de l’organisation de la jeunesse marocaine, chargée de la conférence de la jeunesse sur le changement climatique le 4 novembre 2016.

Une responsabilité dont les jeunes ont conscience : « La lutte contre les changements climatiques ne concerne pas les ours polaires. Elle nous concerne, toi et moi. Elle est une question de paix et de confiance. » (propos de jeunes assistant à l’atelier régional consacré à l’application de l’article 6 de la CCNUCC en Afrique, en 2010 en Gambie.)

Mesures d’accompagnement des jeunes dans la mise en place des ODD

Les parcours des jeunes sont très divers et hétérogènes, mais la situation de certains jeunes est particulièrement préoccupante. Selon le dernier rapport de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), en 2013 le monde comptait 75 millions de jeunes au chômage. 38 millions de ces jeunes chômeurs vivent en Afrique. En tout, l’Afrique compte 200 millions d’habitants âgés de 18 à 24 ans, soit 40% de la population active. Le taux de chômage parmi cette population est le double de celui des adultes. Ces jeunes sans perspectives professionnelles constituent, aux yeux de l’OIT, une « génération perdue, menaçant la cohésion sociale ». En Afrique, plus de la moitié de ces jeunes sont des chômeurs volontaires. Ces jeunes, très présents sur les réseaux sociaux, et devant la télévision et les divertissements pour ceux qui y en ont accès, restent en attente de l’appui familial, surtout celui de la diaspora pour ses dépenses quotidiennes. Certains refusent de travailler par faute de conditions de travail qui sont insatisfaisantes (salaire précaire, pas d’assurance maladie, …) tandis que pour d’autres, l’idée même de travail n’est pas dans leurs esprits, étant donnée la précarité de leur vie et le manque d’éducation.

Il est donc nécessaire et primordial que tous les acteurs de la vie socio-économique prennent des mesures radicales dans l’insertion de ces jeunes à travers les objectifs de développement durable comme l’objectif 4 : Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.

Des politiques d’encadrement et de suivi des initiatives de ces jeunes doivent être mise en place par les Etats et les autres acteurs de la société civile à l’exemple de la Jeune Chambre Internationale(JCI). Celle-ci s’est donné pour mission, depuis maintenant plus d’un siècle, d’offrir des opportunités de développement aux jeunes, en leur donnant la capacité de créer des changements positifs au sein de leurs communautés et cela à travers 120 pays du monde avec à leurs actifs 200 000 jeunes citoyens actifs engagés.

Les citoyens actifs sont des personnes qui s’investissent dans l’avenir de notre monde, issus de tous les secteurs de la société : chefs d’entreprise, représentants gouvernementaux, docteurs, entrepreneurs, professeurs, fonctionnaires, travailleurs sociaux, étudiants… Ils développent les compétences, les connaissances et la compréhension nécessaires à la prise de décisions et à leur application. En tant que citoyens actifs, les membres JCI ne se focalisent pas que sur des œuvres de bienfaisance ou à servir la communauté. Par la citoyenneté active, la JCI va plus loin en encourageant les jeunes à prendre des responsabilités sur des problématiques locales, et à chercher des solutions sur mesure, durables qui profitent à nos communautés et au monde. Guidés par la passion pour mener le monde dans une nouvelle direction, les membres JCI ont le courage de relever des défis cruciaux de notre époque. Trouver des solutions pour relever ces défis ne peut seulement être possible qu’en impliquant tous les secteurs de la société, gouvernement, monde des affaires et société civile afin d’œuvrer pour de l’impact durable.

Ces programmes, pour être efficaces, doivent néanmoins tenir compte des coutumes et cultures de chaque pays, une notion que les institutions internationales ont tendance à négliger.

Des acteurs interdépendants les uns des autres

Les jeunes aujourd’hui doivent s’engager par eux même et remettre en cause le statut quo. Que cela soit par le biais de l’entreprenariat, de l’action communautaire, nous, les jeunes, devrons reconnaitre notre responsabilité envers le monde et œuvrer ensemble dans la sensibilisation et la mise des objectifs de développement durable.

Toutefois cette jeunesse seule ne pourra pas faire grand-chose. Il sera donc primordial que les secteurs privés et publics s’engagent également, pour les appuyer : ONG, gouvernements, entreprises et populations doivent laisser leurs divergences de côté et travailler ensemble pour construire un avenir meilleur pour les futures générations.

Omar Ibn Abdillah

Sources :

Rapport du GEM sur l’entreprenariat en Afrique : http://www.gemconsortium.org/report

Rapport de l’OIT sur le chômage en Afrique : http://www.ilo.org/addisababa/media-centre/pr/WCMS_514957/lang–fr/index.htm

ABAX Services :  http://www.abaxservices.com/fr/

KENTIA HOLDING Sarl: https://www.kentia-services.com/

Trésor public de Madagascar: http://www.tresorpublic.mg/?revue-de-presse=100-startups-co

Conférence du climat : http://www.cop22-morocco.com/fr/

Salon RSE & Initiatives pour le Développement Durable 2017 : https://www.salonrseiddmadagascar.com/

Concours mondial d’innovation 2030 : https://www.entreprises.gouv.fr/innovation-2030

Statistiques sur la jeunesse de l’ONU : http://www.unesco.org/new/fr/unesco/events/prizes-and-celebrations/celebrations/international-days/world-radio-day-2013/statistics-on-youth

Auteur: Omar Ibn Abdillah

Comorien, Omar est un jeune citoyen actif, diplômé d’un Master en science politique et étudiant chercheur en économétrie à Madagascar. Formateur à la Jeune Chambre Internationale (JCI), il partage les valeurs telles que le respect de l’environnement, l’équité sociale et la croissance durable. En rejoignant l’Afrique des Idées, il désire offrir des opportunités aux jeunes africains qui leur permettront de créer des changements positifs et durables dans leurs communautés.

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